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 # Said I'm sorry with the hope this isn't over

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« Noam S. Prescott »
Masculin
→ NOMS COMPLETS : Noam Sacha Prescott
→ ÂGE : 22 ans
→ PAPIERS : 304
→ LIEU DE RÉSIDENCE : primorski
→ SITUATION : plus ou moins en couple
→ BOULOT : Travaille dans le bar du père de Félix à côté de ses études de business & management.



MessageSujet: # Said I'm sorry with the hope this isn't over   Jeu 29 Déc - 20:02




    Il était presque vingt heures quand j'ai décidé de rentrer au squat, la nuit était déjà tombée. Ma soirée allait se passer exactement comme les autres soirs au squat. Rentrer, me rendre compte qu'il me manque quelque chose de plus, trouver un autre objet dans un coin, me pelotonner dans une couverture, discuter avec mes voisins si ils parlent anglais, au pire, lire le livre emprunté à la bibliothèque universitaire, manger ce qu'il y aura, écouter la musique qui résonne au loin, entendre les autres qui couchent ensemble, trouver un coin calme pour bosser, et enfin, regarder le plafond jusqu'à trouver le sommeil, avant de fermer les yeux. J'ai marché lentement depuis le centre-ville, profitant de l'allumage des lampadaires et autres panneaux lumineux publicitaires comme d'un spectacle, avant de tourner dans la rue où se situait le bâtiment qui abritait les squatteurs.
    Et puis, j'ai vu Kaytlin sortir de l'immeuble. Kaytlin. A Saint-Pétersbourg. Au squat. Non, ça c'était tout bonnement impossible. Tout a défilé en quelques secondes dans mon esprit. La dernière fois que je lui avais parlé, elle était en cellule temporaire au commissariat à Londres, et dans un sacré pétrin, donc pas prête d'en sortir. Et même si elle en était sortie, qu'est ce qu'elle fichait là ? Non pas que je n'étais pas content de la voir, mais tout s'embrouillait autour de moi. J'en avais le vertige, et mon estomac semblait décidé à faire le grand huit. J'avais d'abord commencé par maugréer. J'avais fui à plus de deux mille kilomètres, et elle arrivait à se retrouver dans la même rue que moi ? Si ça continuait, personne n'allait me laisser l'opportunité de tourner la page, comme je prétendais vouloir le faire. Mais très vite, la réalité s'est imposée à moi. Non, je ne détestais pas Kaytlin. Je ne l'avais jamais détesté, et jamais je ne le pourrais. Au contraire, ma pomme d'Adam faisait ce truc là, monter et descendre de manière totalement incontrôlée, comme à chaque fois que je la voyais.

    Sans même m'en rendre compte, j'avais commencé à la suivre dans la rue. Je marchais à environ quinze mètres d'elle, de manière à ce que même si elle se retournait, elle ne m'aurait pas remarqué au milieu des autres passants. On a marché un bon moment comme ça, toujours à égale distance, et puis d'un seul coup, je l'ai perdue de vue.

    - Meeerde.

    J'ai avancé un peu plus, mais les trois personnes encore présentes dans la rue étaient respectivement : une vieille qui promenait son caniche, un dealeur, et un homme d'affaire. J'ai pris quelques minutes pour réfléchir, et avant que j'ai eu le temps de prendre une décision, elle est sortie de nouveau d'un local sur la droite avant de reprendre son chemin. En passant devant, j'ai compris qu'elle était rentrée dans le bureau de tabac, surement pour acheter des cigarettes. Alors elle n'avait toujours pas arrêté. Remarque, moi non plus. Une bonne dizaine de minutes plus tard, elle a tourné dans une ruelle, avant de monter dans un immeuble. Je me suis arrêté dans le hall. Je fais quoi maintenant ? Je monte ? Je repars ? Mon regard a été attiré par une affichette placardée sur un des murs. « Recherche colocataire, appartement n°6, me contacter au 8-479-523-1475 ou venir directement ». J'ai détaché le petit papier imprimé, et l'ai fourré dans ma poche. En sortant du hall, j'ai levé les yeux vers la façade du bâtiment, essayant de deviner devant laquelle des fenêtres éclairées Kaytlin était en train de regarder les étoiles. Une chance sur deux qu'en rentrant chez elle, elle se soit mise à la fenêtre pour regarder le ciel. Si elle avait pas arrêté de fumer, il n'y avait pas de raison qu'elle ait changé cette habitude là non plus.

    Je suis rentré au squat, me suis allongé dans mon coin, et j'ai passé plusieurs heures à cogiter. Au final, j'ai dormi moins de trois heures. Et quand je suis allé en cours le lendemain, je n'étais toujours pas dans mon état normal, et ça, même mon prof de communication m'en a fait la remarque. « Et actuellement, monsieur Prescott nous fait une interprétation très réussi du cadre anglais peu intéressé par une conférence internationale. » Et allez. La suite de la journée s'est enchaînée dans le même ordre d'idée. J'avais la tête ailleurs, et c'était rien de le dire. Je ne pouvais pas m'empêcher de réfléchir à ce que j'allais faire. A dix huit heures, en sortant des cours, ma décision était prise. Je retournais à l'immeuble. J'ai pris un bus direct, j'ai suivi le même chemin que la veille, et monté les marches que Kaytlin devait emprunter tous les jours aussi.

    Je suis monté, lentement, avant d'arriver sur le palier. Une porte qui paraissait moyennement solide, et un 6 en cuivre fixé au centre. De nouveau, j'ai eu un doute. J'ai longtemps hésité avant de faire quoi que ce soit. Si je décidais d'habiter dans le même immeuble que Kay, ça signait définitivement la fin de toutes mes résolutions à essayer d'oublier à quel point elle m'avait brisé le cœur en m'ordonnant de partir loin. Mais, en fait, au bout de quelques secondes, j'ai fini par m'avouer à moi même que je n'avais pas tellement envie de tourner la page, au fond. La seule chose qui m'importait, c'était d'être près d'elle, et tant pis pour le reste. J'ai toqué. Au bout de plusieurs dizaines de secondes, une main appuya sur la poignée intérieure, la porte s'ouvrit doucement, et une tête brune apparut. Mes yeux s'écarquillèrent, et la seule chose qui sortit de ma bouche fut :

    - Putain.

    Kaytlin. Tomber directement sur elle ne faisait absolument pas partie de mon plan. Vraiment pas. Je suis resté con, limite la bouche ouverte comme un poisson mort. Elle semblait visiblement elle aussi en état de choc. Une fois qu'elle a eut repris ses esprits, et alors qu'aucun de nous deux n'avait ajouté un mot de plus, elle a commencé à refermer la porte, et en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, j'avais bloqué le mouvement avec mon bras droit.
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« Kaytlin E.L Swann-Payne »
Féminin
→ NOMS COMPLETS : kaytlin elizabeth lula swann-payne.
→ ÂGE : 20 ans.
→ PAPIERS : 1076
→ LIEU DE RÉSIDENCE : primorski
→ SITUATION : en couple? amoureuse en tout cas.
→ BOULOT : je sers, joue et chante dans un bar du centre ville. j'ai arrêté mes études en journalisme parce que je suis allée en taule. j'aimerai bien vivre de ma passion, la musique



MessageSujet: Re: # Said I'm sorry with the hope this isn't over   Sam 31 Déc - 1:21



without you I'll never feel the love inside of me.


    Je marchai dans les rues de Saint-Pétersbourg, le regard vide. Ma cigarette à la main. Je ne sais par quel miracle mon patron m’avait laissé la soirée. Après tout je n’allais pas me plaindre. Tout en apportant ma cigarette à mes lèvres pour aspirer la fumée grisâtre je faisais le bilan de ces derniers mois. Il y a un peu plus d’un mois j’étais encore en Angleterre. Et il y’a trois mois encore je vivais heureuse. J’étais insouciante. Je ne me posais pas de questions. Je n’avais aucuns soucis. Enfin du moins, pas de soucis majeur. Si on oubliait le fait que je dealais et passait mes samedis soirs en cellule de dégrisement. Oui, tout allait bien, je n’avais pas de soucis. J’avais une raison de vivre. J’avais quelqu’un à qui m’accrocher. C’était ça qui me manquait. J’avais personne à qui me raccrocher ici. Bien sûr au squat j’avais rencontré des gens. Des gens cools. Là bas j’avais pas peur de montrer ma vraie nature. Les gens qui m’approchaient me voyaient directement telle que j’étais. Ça pouvait être bon ou mauvais. Mais j’étais toujours prête à rectifier le tir. Ce n’était pas dur pour moi de jouer la comédie. J’ai toujours menti pour me protéger. Je mens encore pour me protéger. Je ne connais pas assez les gens pour m’ouvrir. Il y a beaucoup de vautours. J’ai beau tomber sur des personnes sincères, j’ai peur de m’engager maintenant. J’ai trop souffert. J’ai trop souffert de perde ceux que j’aimais. Je vois encore le regard dépité de ma mère. Je m’étais détruite, sacrifiée pour CE regard à la con qu’elle m’avait lancé avant de me dire de dégager de chez elle. Chez moi.

    Mais ce n’était pas ça qui me rongeait le plus. C’qui me rongeait le plus c’était que Noam était partit. Je me rappelle notre dispute comme si c’était hier. J’avais mal au cœur. Mon estomac se tordait et je tenais difficilement debout. Pourquoi était-il partit ? Pourquoi n’avait-il rien remarqué ? Il m’avait fait du mal en me trahissant mais je ne pouvais pas m’empêcher de l’aimer. Il avait beau m’avoir mise enceinte, moi qui ne supportais pas les enfants. Je l’aimais comme une folle. Et j’avais mal. Mal sans lui. J’aurais du lui dire. J’aurais du lui dire qu’on attendait un enfant. Il aurait peut-être compris ma réaction. Rien ne serait arrivé. On aurait encore notre belle petite vie Londonienne.. Pas d’embrouilles pas d’emmerdes. Je serais encore en train d’étudier le journalisme. Je continuerai à mentir à ma famille.
    Sauf que ça ne s’est pas passé comme ça. Je n’ai pas osé lui dire. Je n’ai pas eu le temps de lui dire. J’ai été déçu et je me suis emportée. Et lui comme un con, il m’a obéit. En arrivant à Saint-Pétersbourg, je me suis demandée où Noam avait-il pu partir. Peut-être était-il resté en Angleterre ?

    Moi j’avais quitté l’Angleterre pour venir en Russie parce que c’était le seul choix que j’avais eu pour tenter de repartir à zéro et d’oublier ma vie d’avant. C’était la seule possibilité. Le seul endroit assez loin pour ne pas décider sur un coup de tête de retourner dans ce quartier pourri de Londres. Le seul endroit où je pouvais survivre parce que je maîtrisai la langue relativement bien. J’avais pensé que la distance permettrait d’oublier plus facilement, mais je m’étais trompée. Je n’oubliai rien. Qu’est ce que je foutais ? Qu’est ce que je foutais, là maintenant, tout de suite ? Je ressassais mon passé. Mes parents, Noam, ma vie d’avant. J’étais incapable d’oublier.

    Je suis arrivée devant mon immeuble, j’ai jeté ma cigarette au sol et je l’ai écrasé avec mon talon, puis je suis rentrée en vitesse dans mon appartement. Deuxième étage appartement 6. J’ai déposé mon sac dans un coin de la cuisine et j’ai bu quelques gorgées de lait.

    Il était dix sept heures. Je décidai d’aller prendre une douche. J’espérais qu’elle me permettrait d’évaporer mes souvenirs comme de l’eau chaude. Comme si ça allait marcher. Sérieusement.
    Je suis sorti tout aussi paumée qu’en y entrant. C’était bien connu qu’une douche était destinée à 10 % pour se laver et se rincer et à 90% pour méditer sur le but de l’univers. J’ai soupiré en pensant que mon cas été désespéré et je suis allé chercher une chemise de mon frère et une culotte dans mon armoire. Je les ai enfilés en vitesse et je suis allée m’asseoir sur le rebord de ma fenêtre. J’observai Saint-Pétersbourg, silencieuse. C’était fou ce que la solitude pouvait rendre fou parfois. Mon petit appartement miteux était trop calme pour moi. J’avais besoin d’un peu de compagnie. Peut-être que ça m’aiderai à oublier plus facilement d’avoir quelqu’un avec qui discuter. Quelqu’un avec qui je pourrai refaire le monde. J’avais laissé une affiche devant l’immeuble. On ne savait jamais. Le quartier dans lequel je vivais était vivant. Peut-être qu’un type ou une nana, complètement perdu et qui aurait besoin de compagnie dans l’immédiat se porterait volontaire pour mettre de l’ambiance dans mon quotidien. De toute façon, je devais trouver quelqu’un. J’étais obligée parce que je devais avoir quelqu’un pour payer la moitié du loyer. J’devais me faire du fric. C’était pas mon petit métier de serveuse qui m’apporterait beaucoup. J’étais prête à tout. Je ne voulais pas me retrouver à la rue. J’avais besoin d’un endroit où je pouvais me sentir en sécurité. Il y avait bien le squat où je pourrais aller. Mais qu’est ce que je ferrais de mon piano ? Où je planquerai mes écrits ? Je voulais bien être moi-même au paradis, mais il y avait des limites quand même. Je n’aimais pas devoir me justifier. Et si quelqu’un me lisait, je devrais me justifier. Parce que mes mensonges ne seront pas suffisant..

    J’ai tourné la tête en direction de mon piano, un sourire s’est affiché sur mon visage. Je me suis installée et j’ai soulevé le rabat du clavier. Caressant doucement les touches, le sourire d’une enfant aux lèvres. J’ai commencé à jouer une version acoustique d’une chanson que j’aimais énormément.

    « She never slows down.
    She doesn't know why but she knows that when she's all alone, feels like its all coming down.
    She won't turn around
    The shadows are long and she fears if she cries that first tear the tears will not stop raining down. »


    Mes doigts se déplaçaient rapidement sur le piano. Je me laissais complètement aller. Cette chanson racontait ce que je vivais. Jamais je n’aurais pu la chanter ailleurs qu’ici. Je continuai de chanter, je continuai de réciter les paroles que je connaissais par cœur. Ma voix tremblait, j’étais traversée par un frisson qui s’étendait dans mon dos. J’avais mal. La musique entrait en moi. J’étais incapable de décrire le sentiment que j’éprouvai actuellement. J’entamai le dernier refrain, les larmes aux yeux.

    « So stand in the rain
    Stand your ground
    Stand up when it's all crashing down
    You stand through the pain
    You won't drown
    And one day, whats lost can be found
    You stand in the rain »


    J’ai terminé de jouer les dernières notes de la mélodie et lorsque qu’elles ne résonnaient plus, lorsque le silence habituel de mon appartement avait repris le dessus, j’ai refermé le battant. Et je m’y suis accoudée. Je suis restée là en silence pendant quelques minutes. Le temps de reprendre mes esprits probablement. Lorsque je me suis relevée, j’ai entendu quelqu’un toquer à la porte, j’ai essuyé rapidement les quelques larmes qui n’avaient pas disparu de mon visage et j’ai couru jusqu'à la porte d’entrée. J’ai ouvert et là, mon monde s’est écroulé. Mes yeux se sont écartés, j’ai ouvert la bouche. Ce n’était pas possible. Je cherchais un colocataire et je tombai sur lui. Les battements de mon cœur se firent plus rapides. Il a parlé avant moi. « Putain » qu’il a dit. Moi je suis restée là. Mes membres étaient paralysés je n’arrivais pas à réagir. J’devais faire quoi au juste ? Lui sauter dessus et l’embrasser comme avant ? lui foutre une baffe et claquer la porte ? Claquer la porte et la fermer à clef ? J’ai fermé la porte mais il l’a retenu de son bras droit, me fixant dans les yeux. Je me suis écartée.

    « Mais merde, je rêve. »

    Je ne pouvais rien dire de plus. Je suis repartie dans mon pseudo salon. J’ai entendu la porte se refermer et ses pas s’approcher. Je me suis retournée, toujours si surprise, mes yeux croisaient encore ceux de Noam. Pourquoi était-il là ? Il ne savait pas parler russe. On avait eu une chance sur 200 de se retrouver ici. Et aujourd’hui il était là, devant moi. Je me suis pincée, pensant rêver. Mais non. Je ne rêvais pas.
    J’ai attrapé mon paquet de clopes et mon briquet sur la table basse, j’ai allumé une cigarette et je me suis accoudée sur mon mini balcon.

    « C’est pas possible. J’y crois pas. »

    J’ai soupiré puis apporté la cigarette à mes lèvres, une larme qui coulait le long de ma joue.

_________________


don't make me sad, don't make me cry.
come and take a walk on the wild side. let me kiss you hard in the pouring rain. you like your girls insane. choose your last words. this is the last time. cause you and I, we were born to die.
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MessageSujet: Re: # Said I'm sorry with the hope this isn't over   Mar 3 Jan - 21:46





    Au moins un point rassurant, Kaytlin semblait tout aussi choquée que moi que l'on se croise ici. Elle a hésité quelques temps, et puis j'ai fini par l'empêcher de fermer la porte. Non, je n'allais pas m'en aller maintenant. Pas une fois de plus, alors que j'avais l'occasion de tenter de réparer ma connerie. Si on s'était retrouvés ici, il y avait bien une raison, non ? Et c'était surement pas pour qu'on s'évite indéfiniment dans les rues de Saint-Pétersbourg. J'avais beau ne pas croire en un dieu quelconque, j'étais intimement convaincu que quelque chose avait provoqué nos retrouvailles. Ou bien je me cherchais des raisons pour agir, ce qui était aussi très probable. Kay semblait elle aussi disposée à laisser la fatalité – ou la chance, ou peu importe ce qui nous avait poussé dans cette situation– agir, puisqu'elle me laissa passer la porte de son appartement. Elle avait aussi conscience que si elle ne me laissait pas entrer, je resterais comme un débile devant sa porte jusqu'à ce qu'elle se décide à m'ouvrir la porte. Je la suivis dans la pièce qui semblait être un salon, tandis qu'elle se retournait toutes les trois secondes, comme pour vérifier que j'étais bien réel et que je n'allais pas m'évanouir dans un nuage de fumée quand elle se serait retournée. Elle ponctuait chacun de ses regards en arrière vers moi d'un commentaire du genre « Je rêve », « j'y crois pas », ou « c'est pas possible ». Rassure toi chérie, t'es pas la seule à croire que ton esprit et tes yeux te jouent des tours. Je n'ai pas pu m'empêcher de regarder autour de moi, dans quelques recoins stratégiques, avant d'ajouter :

    - C'est une caméra cachée ?

    Ça aurait pu. Une vieille télé-réalité bien moisie, du genre « Nous avons retrouvé leur amour de jeunesse et tentons de bousiller leurs tentatives respectives de recommencer leur vie même si ils ne demandent que ça ». Elle s'est avancée, et avec un dernier regard, elle est allée s'installer sur ce qui ressemblait à un micro-balcon, tout en laissant la porte vitrée ouverte, et elle s'est allumé une cigarette. Dans un silence qui commençait à devenir pesant, j'ai jeté un coup d'œil autour de moi, découvrant l'appartement dans lequel Kaytlin vivait depuis son arrivée ici, soit une durée qui m'était totalement inconnue. C'était assez impersonnel, en fin de compte. La connaissant, on aurait pu s'attendre à un empilement d'objets qui lui étaient chers dans tous les coins, de photos ici et là... Soudain, j'ai réalisé ce qui clochait dans la pièce, ce qui prenait les trois quarts de l'espace utilisable. Le piano, son piano. Comment j'avais pu ne pas le remarquer en entrant ? L'instrument sur lequel elle passait des heures, depuis des années. Celui auquel elle tenait plus qu'à n'importe quoi d'autre. Mon cerveau a aussitôt fait un rapprochement douteux à base de « piano = départ prévu de longue date ». Dans ma tête, ce n'était pas possible autrement. Si elle était partie de Londres précipitamment, elle n'aurait pas pu l'emmener. On ne parlait pas d'une flûte à bec, mais d'un énorme truc en bois qui pesait des centaines de kilos, qui nécessitait de faire venir une entreprise de déménagement et tout le tralala. J'ai serré les poings avant de tourner la tête vers elle.

    - Putain, t'as même amené le piano ?! Mais t'avais prévu de venir ici depuis combien de temps ? Et puis ça fait combien de temps que t'es là ? T'es sortie quand ?

    Si jusqu'à là, j'avais su plus ou moins garder mon calme, la vue du piano venait de bouleverser tout ce qui semblait tenir le coup dans mon esprit. J'ai respiré profondément, pour ne pas envenimer la situation plus qu'elle ne l'était. Ouais, pour le coup, on nageait dans un puits sans fond de venin de d'une vipère mortelle. J'ai doucement relevé le battant du piano et ai joué quelques notes de la main droite. J'ai subitement arrêté toute tentative de mélomanie en réalisant que ce morceau, c'était elle qui me l'avait appris. J'ai refermé le clavier avant de m'asseoir sur le tabouret. Je n'ai pas pu m'empêcher de regarder une fois de plus vers elle. Elle n'avait pas changé. On change rarement, en trois mois. Mais elle était toujours aussi belle.

    Au dessus du canapé, quelques photos étaient accrochées. Je me suis agenouillé sur les coussins pour les regarder d'un peu plus près. Frankie et Kaytlin au zoo de Londres, devant l'enclos des éléphants de mer. Kaytlin à la remise de son diplôme, avec son sourire ravageur, et à l'arrière plan, sa mère qui la couvait d'un regard fier malgré ce qu'elle essayait de laisser transparaître. Je savais qu'il existait également une autre photo datant du même jour, où je me tenais à côté d'elle. Un coucher de soleil. Un chaton et un poussin. Je ne pus retenir un sourire triste. Bien des photos de fille, ça. Soudain, mon sourire s'effaça, quand j'aperçus la photo située dans le coin inférieur gauche. Une photo de nous deux, prise à son bal de promo de dernière année. Je me souviens encore du regard de certaines de ses camarades quand on était entrés ensemble dans le hall. Elles étaient toutes au courant que Kay sortait avec un gars plus vieux, mais elles n'avaient pas pu s'empêcher de me détailler comme une bête curieuse. Toujours est il qu'on resplendissait sur cette photo. La belle époque. On respirait le bonheur, Kay et sa sublime robe blanche et argentée qu'elle avait choisi trois mois avant, et ma main sur sa hanche, comme si il y avait besoin de préciser que nous étions ensemble. Ça se sentait même à travers la photo. Ce soir là, c'est comme si nous avions été seuls au monde. Certes, elle avait passé quelques dizaines de minutes avec ses amis après me les avoir présentés, pour ceux que je ne connaissais pas, mais la majorité de la soirée s'était déroulée en tête à tête. J'ai poussé un soupir. Jusqu'à là, je n'avais pas repensé à cette nuit là depuis que j'étais arrivé en Russie, et pourtant ça avait été une soirée parfaite.
    Je me suis assis sur le canapé, la tête dans les mains. Et puis je l'ai entendue pleurer. J'étais censé quoi faire ? Après quelques secondes d'hésitation, j'ai fini par me lever et m'approcher d'elle.

    - Pleure pas Kay... C'est trop tard pour pleurer...

    Tirade très crédible, énoncée par le type avec les larmes aux yeux là, oui, celui là. Elle me tournait le dos, face au balcon. J'ai attrapé sa main gauche, avec la sensation que ma peau brûlait là où le contact entre nos mains s'était établi. Ou la sienne. Ou bien les deux. A moins que ça ne soit dans mon esprit. J'ai fermé les yeux.

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MessageSujet: Re: # Said I'm sorry with the hope this isn't over   Sam 7 Jan - 20:52



why don't you open your eyes? she's yours.


    Mon cerveau était plein. Trop plein. J’avais l’impression que ma tête allait exploser. Tous mes souvenirs, heureux comme malheureux remontaient à la surface, brusquement. Comme les nageurs lorsqu’ils manquent d’air après une course effrénée. Boom, comme ça. Ça m’en donnait mal, c’était comme si chaque souvenir un par un venait s’exploser contre les parois de mon cerveau. Ce n’était pas possible, mais c’était l’impression que j’avais. J’avais envie de m’arracher la tête des épaules pour ne plus avoir à subir ça. Quelques simples minutes m’insupportaient déjà, je ne m’imaginais pas devoir tenir plus longtemps encore. Je me la suis prise dans les mains, les coudes posés sur le rebord de ce que l’on pouvait appeler un balcon, j’ai fermé les yeux fort, très fort. Comme si ce mouvement allait me permettre de faire un reset et d’effacer tous ces vieux souvenirs pour les remplacer par le néant. J’essayais de luter. Luter contre l’envie de pleurer qui s’imposait comme une évidence. Je voulais être forte. Je ne voulais pas craquer, pas craquer maintenant. J’avais déjà montré mon âme à mon piano quelques minutes plus tôt. J’avais déjà été affaiblie. Je ne voulais pas couler. Je n’aimais pas être faible. Et je ne voulais surtout pas craquer devant Noam. D’ailleurs, en parlant de Noam, ce n’était pas une hallucination hein ? Je me suis retournée et j’ai constaté qu’il était toujours là et qu’il m’avait suivit. Oh, et il parlait même. Je me suis pincée l’avant-bras, pour vérifier encore et encore que je ne rêvais pas. Je tirais sur ma cigarette nerveusement. Je ne rêvais pas. Je n’hallucinais pas. Je sentais sa présence derrière moi. Je sentais son parfum, toujours le même. Celui que je reconnaissais à des kilomètres. Je le sentais envahir l’air de mon petit salon pourri. Le petit salon pourri de mon petit appartement pourri. J’avais du en trouver un en vitesse pour ne pas devoir vivre à la rue. Enfin, vivre à la rue ne m’aurait pas dérangé étant donné que j’ai découvert le squat quelques jours seulement après mon arrivé à Saint-Pétersbourg. J’aurais pu vivre là bas. Mais je voulais mon piano et un endroit dans lequel je pouvais ne pas avoir besoin de jouer la comédie. J’ai donc sauté que l’occasion d’acheter l’appartement le plus petit de l’immeuble, dans le coin le plus bruyant et mal fréquenté de la ville. J’avais bien veillé à ce qu’il soit meublé. Parce que je ne pouvais pas dépenser une fortune là dedans. Les seules choses dans lesquels j’ai claqué mon argent ont étés, le petit frigo vieille génération, le mini four micro-onde et mon matelas deux places. Je n’avais même pas de sommier, mais je m’en passais bien, la petite télévision, je l’avais volé, le canapé lit je l’avais volé aussi dans un vieil entrepôt en pleine nuit et j'avais pas mal galéré et mon frère m’avait envoyé une machine à laver en même temps que le piano. Je n’avais pas compris pourquoi d’ailleurs, sur le mot il y avait écrit « il faut bien que tout mon argent serve à quelque chose maintenant. Je te souhaite le meilleur petite sœur. » Et c’était à peut près tout. je vivais avec le strict nécessaire, et je vivais plus ou moins bien. Ou du moins, c’était ce que je voulais me faire croire. En vrai j’étais encore à Londres, encore avec Noam, encore près de mon frère. Encore dealeuse et étudiante. J’étais encore dans mon train-train quotidien intérieurement. J’avais beau avoir rencontré des personnes extraordinaires en si peu de temps, vingt ans d’existence dans la même ville, ça ne s’oubliait pas en claquant des doigts et en décidant d’oublier. Les souvenirs reviennent toujours. Et moi je subissais chaque jour. Je vivais dans le passé. Et j’ai toujours été incapable d’oublier mon passé.

    J’ai retiré sur ma cigarette et Noam m’a sortit de mes pensées, celles que j’avais eu envie de faire dégager depuis un bon moment maintenant. Son ton haut avait brusquement fait disparaître les souvenirs qui se baladaient dans ma cervelle. Comme s’ils étaient en train de léviter. Il m’a posé une succession de questions, depuis quand j’étais là ? depuis quand j’avais prévu de partir ? quand j’étais sortie ? J’ai soupiré. Je n’avais pas réellement prévu de partir. Ça a été sur un coup de tête lorsque j’avais réalisé en taule qu’a ma sortir probable plus rien ne serait comme avant. Lorsque j’avais réalisé que ma vie à Londres était foutue et que mes parents allaient probablement me renier, chose qu’ils ont faite, bien entendu. Alors non, je n’avais pas prévu à l’avance de partir. Je n’avais pas vraiment l’habitude de prévoir les choses à l’avance, a part si c’est quelque chose que j’avais vraiment envie de faire avec une personne. Mais en général, j’étais imprévisible, je décidai de tout à la dernière minute. Et c’était à peu près ce que j’avais fais lorsque j’avais eu l’excellente idée de venir m’isoler ici. Apparemment ma tentative d’isolement n’avait pas était des plus réussies… J’avais eu cette idée deux semaines avant de sortir, avec mon frère. A vrai dire, j’avais la trouille de retourner à la maison. Il m’avait fallu réunir beaucoup de courage pour ne pas craquer totalement devant les parents…

    Et puis Noam a joué les quelques notes que je lui avais appris il y a quelques temps. J’ai sursauté et je me suis mordue la lèvre pour m’empêcher de dire quoi que ce soit. Il débarquait de je ne sais où, il rentrait dans mon salon et il se mettait à jouer une série de notes que je lui avais appris lorsque nous étions encore ensemble et que tout allait bien. Lorsque je n’avais pas découvert que j’étais enceinte et lorsque je n’avais pas eu la frousse de lui dire par peur de le perdre. Au final, je l’ai quand même perdu. Enfin, on s’est perdu tous les deux. On était fautif si bien l’un que l’autre. J’avais été énervé ce jour là, lui m’avait obéit bêtement. C’est con la vie. Personne n’a de boule de cristal qui pourrait nous donner un aperçu de ce qui se passerait si on choisit l’option A et un autre aperçu de ce qui se passerait si on choisissait l’option B. Et même si on en avait une, on trouverait le moyen de choisir la mauvaise option.

    J’ai écrasé ma cigarette contre le rebord du balcon, je me suis retournée pour la jeter dans le cendrier posé sur la table et j’ai essuyé la larme qui s’était échappée du coin de mon œil. Je n’aimais pas pleurer. Je me disais que pleurer c’était pour les faibles. En me retournant j’ai vu que Noam fixait avec attention le mur que j’avais personnalisé avec des dizaines de photos. Des photos que j’avais faite pour passer le temps, des photos à Londres, avec mon frère, avec mes parents, avec certains rares amis et avec... lui. Pas étonnant que je vive dans le passé... Ça m’avait soudainement gêné, le fait qu’il les regarde. Surtout parce qu’il était dessus. Je vendais mon âme au diable de mon plein gré. Une autre larme à coulé. Non. Ce n’était pas possible. Je ne voulais pas. Je l’ai retiré en vitesse d’un geste brusque. Elle m’agaçait. Au plus au point même. La situation me rendait nerveuse, je suis allée chercher une autre cigarette. Noam fixait toujours les photos sans bouger. Je me suis mordue la lèvre à nouveau, plus fort cette fois, jusqu'à m’en faire saigner. Et les larmes se sont mises plus nombreuses à couler. J’ai respiré un bon coup. A quoi bon luter encore plus longtemps contre un torrent ? La pression de l’eau était toujours plus forte. J’avais certainement trop luté aujourd’hui, j’en étais épuisée. J’ai entendu le canapé lit pourri grincer, je n’ai pas eu besoin de me retourner pour savoir que Noam c’était assit et qu’actuellement il devait être aussi paumé que moi. Moi je laissais mes larmes couler sur mes joues et je scrutais la cathédrale de Saint-Pétersbourg au loin. Et puis j’ai reniflé un peu trop fort et Noam s’est relevé, je l’ai entendu à cause du grincement. Je sentais ses pas se diriger près de moi et je ne bougeais pas.
    « Pleure pas Kay... C'est trop tard pour pleurer... » ses mots ont résonnés dans mon crâne. J’ai fermé les yeux et avalé ma salive. Le ton qu’il avait employé me donnait mal au ventre. Il n’avait pas tord. C’était ça le pire. Personne ne pouvait changer le passé, même si on y pensait tellement souvent… J’ai senti sa main saisir la mienne, et ça a été comme une décharge électrique. J’avais oublié ce que ça me faisait. J’avais oublié que mon cœur s’accélérait à chaque fois qu’il me la tenait. J’avais oublié qu’elle était si douce. J’avais plutôt fait semblant d’oublier, pour me torturer. J’ai repris ma respiration douloureusement.

    « T’as raison, on peut plus rien changer maintenant. »

    Je m’étais radoucie, j’avais serré sa main et tiré sur ma clope. Je gardais les yeux fermés, je continuais de me maltraiter les lèvres, je continuais de sentir le goût de sang dans ma bouche. D’un revers de main j’ai essuyé les larmes qui insistaient et voulaient marquer leur territoire sur mon visage.
    « Mais ça peut pas être aussi simple… pas après tout ce temps. »

    J’ai retiré ma main et je me suis retirée du balcon pour m’asseoir sur le canapé. Je me torturais intérieurement et mentalement pour savoir si je devais tout lui balancer à la figure maintenant, si je devais pêter un câble ou lui hurler à la figure qu’il avait failli être père. Ou si je devais lui demander calmement ce que LUI il faisait là vraiment. Au lieu de ça j’ai dit :

    « Je suis là depuis environ un mois. Et c’était pas vraiment prévu. Voilà, tu sais tout. Enfin presque. »

    J’avais envie de lui dire pourquoi cette après midi là j’avais été odieuse, j’avais envie de lui dire qu’il avait été con de m’avoir obéit. J’avais envie de l’embrasser, de lui sauter dessus et de pleurer dans ses bras. Mais j’avais toujours eu l’habitude de me contrôler.


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« Noam S. Prescott »
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→ NOMS COMPLETS : Noam Sacha Prescott
→ ÂGE : 22 ans
→ PAPIERS : 304
→ LIEU DE RÉSIDENCE : primorski
→ SITUATION : plus ou moins en couple
→ BOULOT : Travaille dans le bar du père de Félix à côté de ses études de business & management.



MessageSujet: Re: # Said I'm sorry with the hope this isn't over   Lun 16 Jan - 20:59





    La revoir aurait du me plonger dans un état de joie intense. Mais au lieu de ça, j'avais mal, toujours plus mal. Terriblement mal, un peu plus à chaque seconde que je passais dans cet appartement. A chaque instant, c'est comme si l'on arrachait une partie de mon cerveau pour la remplacer par un nouveau souvenir que j'avais tenté d'oublier, qui s'insinuait dans ma tête comme l'explosion d'une mine. Cellule par cellule, c'est comme si l'on grattait sous la surface de ma peau pour aller chercher les sentiments enfouis tant bien que mal, sans aucune considération pour la douleur que ça entraînait. Ajouté à ça, le courant électrique qui parcourait chaque parcelle de ma peau en contact avec la sienne, et je n'étais plus en mesure de répondre de quoi que ce soit. En bas du balcon, la ville continuait à s'agiter, indifférente à la scène qui était en train de se dérouler dans cette pièce, avec pour acteurs principaux deux imbéciles bien trop masochistes et amoureux. Et insignifiants dans le mouvement du monde. Nous.

    « Mais ça peut pas être aussi simple… pas après tout ce temps. »
    Je n'ai même pas relevé. Qu'est ce que j'aurais pu dire ? «  Si, la seule chose qui compte dans ma tête, maintenant et depuis que j'ai quitté Londres, c'est de te voir et d'être avec toi » ? « On a qu'à tout oublier » ? On a tous les deux été bien trop amochés par notre histoire pour ça. Elle a gardé nos mains jointes pendant quelques secondes, avant de la retirer et d'aller s'asseoir à l'intérieur. Je suis resté sur le balcon, et j'ai fini par m'asseoir sur le béton gelé, dos aux balustrades, tandis que la porte vitrée était toujours ouverte. La facture de chauffage ? Rien à battre. J'ai serré mes bras autour de mes genoux pour garder une température corporelle potable, bien que ça soit souvent une perte de temps ici.

    J'avais essayé. J'avais vraiment essayé de toutes mes forces, de tout oublier, sans succès. Des heures passées à boire de la vodka, à tenter de m'occuper l'esprit, à laisser mon passé couler, mais tout me ramenait constamment à Kaytlin. A mon frère, aussi, parfois. Les deux seules personnes qui comptaient réellement pour moi, pour qui j'aurais tout donné. Et les deux avec qui j'avais le plus échoué, avec qui j'avais été le plus con, le plus lâche, et le plus irresponsable. Les deux que j'avais quittés à contre-coeur. Certes, j'avais réussi à me faire des amis à Saint-Pétersbourg, j'avais récemment eu une piste pour trouver un boulot, et j'avais pu continuer mes études. Mais je n'avais jamais appartenu à Saint-Pétersbourg. Je n'aurais pas dû être là, en tout cas pas dans ces circonstances. Je haïssais la Russie, je haïssais les russes, je haïssais la neige qui semblait tomber éternellement. Je me haïssais. Tellement en colère, tellement fatigué d'être moi, que je passais des heures à regarder le plafond le soir avant de parvenir à trouver le sommeil. D'où mes cernes permanentes et le fait que mes profs venaient me demander si j'allais bien. Oui, je vais bien monsieur, ne vous inquiétez pas, je travaille juste tard le soir. Et je me hais profondément. Mais n'allons pas inquiéter ce cher monsieur qui n'en a, au fond, rien à battre de ce que peuvent ressentir ses étudiants tant qu'ils maintiennent les résultats prestigieux de l'école. Tellement fatigué, sans pouvoir dormir. Coincé entre le passé et le présent, incapable de vivre ma vie. Un crétin fini.

    Elle s'est assise sur le canapé, et j'ai laissé retomber ma tête en arrière, les yeux levés vers le ciel, attendant la suite de la conversation. « Je suis là depuis environ un mois. Et c’était pas vraiment prévu. Voilà, tu sais tout. » C'est tout ? C'était bien trop facile. Elle évitait les questions évidentes, et importantes, à savoir comment elle avait pu sortir de prison, ce qu'il s'était passé avec son frère, pourquoi elle avait quitté Londres... Trop d'interrogations se bousculaient dans ma tête, sans que je n'arrive à mettre de l'ordre dans mes pensées. J'étais sûr que si il me prenait l'idée d'ouvrir la bouche, je ne serais capable que d'articuler des syllabes sans aucun lien les unes avec les autres, comme si elle avait entraîné des lésions irréparables sur mon cerveau. Sur mon cœur, c'était fait depuis bien longtemps, mais j'étais jusque là persuadé que mon cerveau était encore en état de marche. Raté.

    «  Enfin presque. »
    J'ai retenu ma respiration le temps de cinq battements de cœur, mais elle semblait décidée à me laisser mariner encore plus. J'ai fermé les yeux et repris mon souffle, tentant d'appliquer un rythme autre que désordonné et chaotique à mon cœur. J'en avais marre. Je l'aimais tellement, mais je la détestais de me faire attendre comme ça. J'avais envie de lui hurler dessus, et de l'embrasser, tout ça en même temps. J'ai pris appui sur mes mains avant de me lever en silence. J'ai pénétré dans l'appartement, refermant la porte derrière moi, et me suis planté devant elle. Et contrairement à tout ce que j'avais pu penser quelques secondes auparavant, j'ai réussi à lancer un enchaînement de vraies phrases sans bafouiller. Sans trop bafouiller.

    - T'as pas le droit de faire ça. T'as pas le droit de me planter avec juste un « enfin presque », comme si j'étais censé lire dans tes pensées. On l'avait, ce truc de communication à distance, avant, oui, je sais. Mais c'est plus pareil Kay, je sais pas si c'est le froid qui a bousillé mon système nerveux, ou bien si je suis juste devenu trop con, mais là j'arrive pas à lire sur ton visage, et ça me fout vraiment la trouille. Alors si tu dois m'annoncer que tu t'es mariée à Johnny ou à je ne sais pas quel type, fais le maintenant, s'il te plaît, parce que je pourrais pas le supporter très longtemps.

    Pas de bafouillement certes, mais ma pomme d'Adam recommençait à faire des siennes, et mes doigts tremblaient légèrement. Mouvement que j'essayais de camoufler en serrant les poings, sans effet. J'ai fini par m'asseoir à l'autre bout du canapé, laissant reposer ma tête contre le mur froid. Mon genou droit commença à trembler sans que je ne puisse le contrôler. Ces tremblements inopinés commençaient à devenir sérieusement gênants. Et Kaytlin restait toujours muette, tandis que j'évitais son regard en fixant le piano.




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→ BOULOT : je sers, joue et chante dans un bar du centre ville. j'ai arrêté mes études en journalisme parce que je suis allée en taule. j'aimerai bien vivre de ma passion, la musique



MessageSujet: Re: # Said I'm sorry with the hope this isn't over   Dim 22 Jan - 15:26



tout l'amour que je te porte, prends-le. ne laisses rien dans mon cœur.

    La réaction de Noam était prévisible. J’aurais pu la prévoir au moment ou j’ai ouvert la bouche pour dire qu’il savait presque tout. Mais comment pouvais-je dire ce que je n’avais pas osé dire quelques mois plus tôt en seulement deux secondes et surtout dans des circonstances pareilles ? Dans les films ça paraissait tellement simple. Mais en réalité c’était dur. Tellement dur de dire la vérité. Tellement dur de réparer ses propres erreurs. Vous me direz qu’après avoir tout dit je me sentirai mieux, que tout rentrera dans l’ordre etc.. Mais je vous répondrais que ce ne sont que des foutaises. On ne peut pas toujours prévoir les réactions des autres. Personne ne réagissait de la même façon lorsqu’on lui apprenait la vérité. On avait pas tous les mêmes réactions. Les mêmes sentiments, les mêmes ressentis... On avait beau nous répéter que nous étions tous les mêmes, au fond, c’était totalement faux. On était tous différents. Et moi je m’en voulais. Je m’en voulais tellement que j’en devenais malade. Je m’en voulais d’avoir fais le mauvais choix, je m’en voulais d’avoir pensé qu’il prendrait mal ce que j’avais à lui dire, sans pour autant tenter, sans qu’il sache ce que j’avais à lui dire, sans qu’il sache ce que je lui cachais. Il fallait toujours tenter. Il ne fallait jamais s’arrêter sur nos idées reçues. Il fallait prendre des risques. Encore plus de risques pour être fixés.

    Combien de fois je m’en étais voulu de n’avoir rien dit lorsque je suis sortie du parloir pour rejoindre ma cellule et lorsque je n’ai plus revu Noam jusqu’à… jusqu’à maintenant ? Combien de fois je m’étais torturée ? Combien de fois je me suis pincée l’avant-bras droit pour vérifier que je ne rêvais pas ? Pour vérifier que tout ça n’était qu’un mauvais rêve, rien qu’une mauvaise blague. Combien de fois je me suis demandé s’il était vraiment parti ? Combien de fois Frankie m’avait répété que ce n’était pas grave, que tout rentrerait dans l’ordre ?

    Moi j’avais attendu, j’avais attendu que le temps passe. J’avais attendu le jour où on pourrait me retirer ce qui grandissait en moi. J’étais seule, j’avais peur. Tellement peur. Je ne savais pas ce que j’allais devenir. Je n’aurais jamais pu me permettre d’accueillir la chose qui séjournait dans mon utérus et qui s’imposait de plus en plus chaque jour. Je l’avais ignorée pendant deux mois, je ne m’étais rendue compte de son existence qu’au bout de deux mois. J’aurais pu décider de le garder, j’aurais pu si j’en avais parlé à Noam, à ma famille dès que je l’avais appris, j’aurais pu si tout n’avait pas basculé… Mais après tout ça, je n’aurais pas pu lui assurer un avenir certain. Je n’aurais jamais pu l’aider à grandir. J’aurais été incapable de m’occuper de lui. Je n’arrivais déjà pas à m’occuper de moi. Et élever un enfant seule ce n’était même pas envisageable. J’étais totalement incapable d’être mère. Surtout à l’époque. Et même, aujourd’hui je ne m’imaginais pas mère non plus. J’étais beaucoup trop instable pour ça. Beaucoup trop instable pour que la vie de quelqu’un ne tienne qu’a mes choix.
    Ah, si seulement on pouvait revenir en arrière pour effacer nos erreurs et se jurer de ne plus les faire… Si seulement la vie était comme on voudrait qu’elle soit. Si seulement elle était plus simple.

    J’ai pris ma tête dans mes mains et j’ai fermé les yeux. J’avais envie d’être loin d’ici. J’avais envie d’être dans un monde où on n’avait pas besoin de dire la vérité pour se sentir bien. Dans un monde où on n’avait pas besoin de donner d’explications. Un monde où tout était tellement simple, où personne n’en voulait à personne et où quiconque n’avait pas de regrets. Un monde qui n’existait pas en vrai. Parce que des regrets, on en avait tous. Qu’ils soient superficiels, ou plus importants, on en avait tous.

    Noam était en face de moi. Je le fixais. Je l’écoutais. Il parlait du bon vieux temps. J’avais envie de pleurer mais je me retenais, encore. Pourquoi faisait-il ça ? Pourquoi me faisait-il ça ? Un retour en arrière, un flashback, une évocation des moments où tout allait bien et où on pouvait laisser régner le silence sans pour autant être mal à l’aise. Pourquoi ça faisait si mal ? Pourquoi mes entrailles me lacéraient toujours aussi douloureusement ? Pourquoi mon cœur battait si fort et si irrégulièrement ? C’était pire que courir à en perdre haleine. C’était bien pire que de ne plus avoir de souffle après une compétition. Mes mains tremblaient, j’essayais de contenir ce tremblement, mais il était beaucoup trop important. J’entaillais ma lèvre de l’intérieur. Je respirai avec mal. Et puis j’ai ris nerveusement. On aurait pu me prendre pour une folle de rire en ce moment là. Mais la réplique de Noam ainsi que mon état m’y avaient poussé. Comme si je m’étais mariée avec Johnny ? Cet homme avait surement très envie de me tuer, moi et Frankie en ce moment là. Mais ça ne m’importait plus. J’avais réussis à me dégager de sa poigne. On avait réussit à se barrer de ce réseau. Et jamais il ne nous retrouverait parce qu’il allait pourrir en taule jusqu’à sa mort.

    En reprenant doucement mon souffle et en cessant de rire, par la même occasion, en cessant d’avoir l’air d’une folle à interner, j’ai pris la parole.

    « Je sais… J’sais bien que j’ai pas l’droit Noam... Si ça peut te rassurer, je me suis pas mariée avec Johnny. Plutôt crever. De.. de toute façon la seule chose qu’il voudrait de moi en ce moment même, c’est ma mort. S’il avait pu me tuer de ses propres mains, il l’aurait fais avant que je me tire de Londres. »

    On savait ce qu’on risquait Frankie et moi en le dénonçant, lui et les autres. Mais on était arrivés à un point où on ne pouvait rien faire d’autre. C’était chacun pour sa peau. Soit Johnny nous tuait. Soit on passait notre vie en prison, sans revoir les gens que nous aimons, même si ces derniers nous avaient déjà reniés, oubliés, effacés de leur mémoire. Le choix était vite fait on voulait revivre et recommencer à zéro. Séparément. On voulait vraiment tout recommencer. Et c’était un moyen de dire à Johnny qu’on arrêtait tout. Un moyen de lui dire merde. Il pensait qu’on allait dire amen à tout. Comme si ces menaces allaient être plus fortes que notre désir de sortir de la merde. On nous en avait donné la possibilité pour une fois. C’était une chose rare. On avait l’habitude de traîner dans notre merde. Et ce policier nous a donné la main et nous a permis de remonter à la surface. Ça a été plus fort que toutes les menaces que Johnny avait pu nous soumettre. Il s’était reposé sur ces lauriers. Il avait arrêté le trafic en attendant que l’affaire se calme. Il croyait dur comme fer en sa capacité de diriger nos actions. Et nous on lui a fait un pied de nez. Malgré tout ce qui s’était passé à ce moment dans notre vie à Frankie et moi, on se sentait un peu libre. On avait un poids en moins à supporter sur nos épaules. On savait qu’on allait partir. Alors on s’en foutait royalement de tout ce qui pouvait arriver à ceux qui ont travaillés avec nous. C’était égoïste, mais on avait tellement besoin de ça.

    Je me suis relevée. Il fallait que je bouge. Il fallait que je fasse quelque chose pour continuer mon explication. Noam n’allait pas se contenter de ce que je venais de lui dire. Il l’avait lui-même dit. Alors pour une fois dans ma vie, je n’ai pas réfléchi, je n’ai plus cherché à garder ce que j’avais sur le cœur et je me suis mise à parler. Peu importait les conséquences. J’avais gardé la vérité pour moi trop longtemps et je voulais qu’il le sache. Bien sûr, comme je le pensais tout à l’heure, ça n’allait pas tout régler. Parce que la situation n’était pas simple. On ne pouvait pas tout oublier et repartir comme si de rien n’était. Ça ne pouvait pas finir si facilement. C’était bien trop simple de penser que ça finirai si facilement. J’ai ouvert la bouche et j’ai laissé ma voix un peu défaillante s’élever dans l’air.

    « Je.. je sais que tout à changé. Après tout, c’est normal. On a été tellement cons. Je sais bien que j’ai pas le droit de te planter comme ça sans donner plus d’explications. Mais c’est tellement dur à dire. J’ai déjà essayé, j’avais déjà essayé plusieurs fois à Londres. Mes les mots ne voulaient pas sortir, j’étais totalement incapable d’aligner ces trois mots. Aujourd’hui encore je n’y arrive pas. »


    Je me suis assise sur la table basse en face de lui. J’ai attrapé son visage pour faire en sorte que nos regards se croisent. Et j’ai repris, encore plus difficilement qu’avant.

    « D’ailleurs.. toi non plus… t’as.. t’as pas le droit de me faire ça. – j’ai retiré ma main de son visage parce que le contact me faisait du mal- T’as pas le droit de débarquer ici et de tout détruire en une demi seconde. Avec ton regard là. Boom. Je.. merde mais je sais pas comment tu te débrouilles, mais à chaque fois.. à chaque fois ton regard me fait défaillir. J’sais que tu le sais. Et t’en profites, nies pas.. Je… Putain, t’arrives devant ma porte et tu me fais perdre tous mes moyens. Tu l’sais que je suis complètement dingue de toi. TU le sais. Ça a pas pu changer en quelques mois. Tu sais bien que j’en suis incapable. Tu sais comment je suis. J’a..j’avais pas envie de tu partes de Londres. J’avais pas envie que tu partes. J’avais besoin de toi. J’avais tellement besoin de toi. J’avais tellement.. tellement envie de toi. Envie d’être dans tes bras. J’avais mal. Putain comment j’ai eu mal dans je suis retournée dans ma cellule. J’ai été conne de m’être emportée, j’ai été conne de te dire de partir. Mais toi, t’as aussi été con, tellement con de m’obéir. De ne pas avoir cherché à comprendre plus longtemps. T’as été con d’être partit. Pourquoi t'as fais ce que je t’avais demandé merde ? On a vraiment été deux gros cons. On est deux gros débiles complément paumés. Enfin toi je sais pas si t’es paumé. T’as peut-être refait ta vie ou je sais pas quoi. Mais moi, j’suis paumée. »

    J’ai repris mon souffle et j’ai pris ma tête dans mes mains. Luttant encore et toujours contre le flot de larmes qui voulait s’échapper.

    « Ça a été tellement dur. Il s’est passé tellement de choses après ton départ. Je savais bien que j’aurais du te le dire avant que tu partes. Parce que c’était en partie pour ça que j’étais si à cran ce jour là. C’était en partie pour ça qu’on s’était tellement prit la tête ce jour là. Si tu savais comme j’ai regretté. Mais j’avais eu tellement peur. J’avais peur de ta réaction, peur que tu partes et que tu m’abandonnes en apprenant la vérité. J’avais beau te connaître par cœur, je n’arrivais pas à anticiper ta réaction. On avait beau avoir ce truc de communication à distance comme tu disais. Mais là je n’arrivais pas à anticiper. J’arrivais pas à savoir. J’avais prévu de te le dire quand on se serait réconciliés, mais ce jour là on nous a pas laissé le temps. Après ton départ j’étais encore plus paumée qu’avant. Je savais pas quoi faire. »

    J’ai soupiré bruyamment et je me suis redressée. J’étais dans mon propre appartement mais je ne savais pas où aller. J’ai passé une main sur mon visage. J’ai renoncé à rallumer une cigarette. J’en avais déjà trop fumé depuis qu’il était là. Je me suis rassise par terre, dos à la table basse, toujours en face de Noam. J’avais peur de tomber plus bas que terre. J'ai ravalé difficilement ma salive et j'ai poursuivis.

    « La vérité c’est que… j’attendais un enfant. Et j’étais pas prête, j’y croyais pas. J’me sentais pas capable. Tout allait mal. J’étais en taule en plus. Et mes parents ne m’auraient jamais aidé. Ils m’ont renié. Ils m’ont viré de la maison dans laquelle j’ai grandit. J’étais seule. Tellement faible. Et toi tu me manquais putain. Tu me manquais tellement. »

    Sur ces derniers mots, j’ai craqué. Craqué parce que ça faisait tellement longtemps que je me retenais. A force de trop se battre on finissait épuisé, sans force. Inerte.


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MessageSujet: Re: # Said I'm sorry with the hope this isn't over   Dim 29 Jan - 15:40


    Elle a d'abord commencé par rigoler. Pas un rire franc, non, un de ces rires tellement forcés qu'on comprend automatiquement qu'ils ne sont qu'une marque de mal-être camouflé. Et soudain, en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, elle était là, recroquevillée sur elle-même, en train de se mordiller les lèvres, comme à chaque fois qu'elle subissait une émotion un peu trop forte. Tout changeait beaucoup trop rapidement, après avoir stagné pendant des mois, on se prenait tout dans la tête comme si un train venait de s'écraser contre nos boîtes crâniennes. Chacun de ses tremblements transpirait la douleur. J'aurais voulu avoir le courage de m'approcher et la prendre dans mes bras, essayer de calmer sa peine, mais j'en étais incapable. J'avais l'impression désagréable que m'approcher encore ne ferait qu'aggraver la situation. A chaque fois, elle répétait les mêmes mots, « c'était trop dur », « j'avais trop peur », «j'avais trop mal ». Qu'est ce qui pouvait bien la terrifier à ce point ? Elle, la fille qui avait intégré un réseau de revente de drogues à 14 ans, et qui dans la foulée allait faire des livraisons uniquement avec son grand frère dans des quartiers vraiment craignos ? Pendant qu'elle commençait à parler, elle s'est assise sur la table basse avant d'attraper mon visage entre ses mains, et un frisson est remonté tout le long de ma colonne vertébrale. J'ai plongé mes iris dans les siens, sans arriver à reprendre le fil de ma pensée. C'était tellement étrange, d'être là, de la toucher, d'être si proche d'elle, si proche que j'aurais pu l'embrasser, mais que chacune de ces actions ne déclenche en moi que des vagues de douleur qui revenaient inlassablement. Et vu ce qu'elle venait de me dire, c'était aussi douloureux pour elle.

    « Si ça te fait si mal, pourquoi tu te forces à me regarder ? Je sais ce que ça te fait. Tu sais aussi ce que tu me fais. Ce genre de choses change pas en trois mois. »


    Cette chaleur qui remonte dans mon corps. Ce frisson qui remue dans chacun de mes membres. Le désir, toujours, même après tant de temps. Et elle a continué à parler, parler, parler, lâcher enfin tout ce venin qui remplaçait le sang dans ses veines depuis des semaines. Crever l'abcès. On avait enfin l'occasion de tout mettre au clair. A cet instant là, j'étais totalement incapable de savoir où cette conversation allait nous mener, mais au moins ça serait fait, et on arrêterait tous les deux de vivre dans le passé, comme je l'avais fait depuis mon départ d'Angleterre. Quand elle a eu fini de parler, il ne m'a fallu que quelques secondes de réflexion avant d'ouvrir la bouche et que les mots ne coulent tout seuls.


    « Parce que tu crois que j'ai pas mal ? Tu crois que je souffre pas, là, tout de suite ? Tu crois que j'ai pas souffert depuis que j'ai quitté Londres ? Je dors plus Kay. Tous les soirs, je me couche en essayant de faire le vide autour de moi, de faire le vide dans ma tête. Et résultat, je passe des heures à regarder le plafond en me demandant où tu es, ce que tu fais, avec qui tu passes tes soirées, si contrairement à moi tu as refait ta vie... J'ai beau être à deux milles kilomètres de toi... ou du moins le croire, t'es toujours là. Tu m'obsèdes, tu t'insinues dans chaque geste que je fais, dans chaque personne que je croise je trouve un point commun avec toi, tout me ramène à toi. Tout. Dans un autre contexte, j'aurais préféré me couper les bras plutôt que de m'éloigner de toi. Mais ce jour là, j'ai eu beau essayer de chercher une intonation dans ta voix qui me dirait que tu ne pensais pas ce que tu m'as dit, j'ai eu beau scruter ton regard à la recherche d'un indice quelconque, à ce moment là, ta haine pour moi dépassait tout ton amour. Et ça, j'ai pas pu le supporter. J'aurais supporté de rester avec toi même si tu étais en colère contre n'importe qui. Mais pas contre moi. Pas dans la mesure où chaque parole que tu m'adressais t'arrachait la langue. Et là... Ça m'a arraché le cœur de partir, mais ça m'aurait tué de rester. T'étais pas censée être là, j'étais pas censé me retrouver face à toi en sonnant. Paumé c'est pas un mot assez fort pour exprimer mon état. »

    J'ai hésité quelques secondes avant d'ajouter :


    « Et je suis loin, très loin d'avoir refait ma vie. J'avais besoin de toi. J'ai besoin de toi. »


    Elle continuait sur sa lancée, à me balancer des phrases mystérieuses sur une nouvelle qui allait apparemment bouleverser ma vie. Elle devait s'imaginer que je me faisais des films, des hypothèses, mais en vérité, j'étais incapable d'envisager quelque chose qui ait pu la secouer à ce point. Elle s'est relevée, avant de se rasseoir. On continuait jusqu'au bout à avoir des comportements débiles à souhait, elle comme moi. J'attendais, encore.

    Soudain, elle a lâché la bombe qui avait officieusement tout déclenché. Mon cerveau s'est déconnecté. Blackout, trop d'informations d'un coup. J'ai fermé les yeux, avant de prendre mon visage entre mes mains, dans un silence de mort. Enfin, pas totalement, puisque j'entendais Kaytlin pleurer juste à côté, mais j'étais incapable de dire quoi que ce soit. L'impression d'un monde qui s'écroule. J'entendais presque mes neurones essayer de mettre les informations dans le bon ordre, sans succès. J'étais même incapable de mettre des mots sur ce que je ressentais, puisque tout se mélangeait dans ma tête. J'étais à la fois bouleversé et tellement, tellement en colère, brusquement. Il m'a fallu quelques secondes pour arriver à calmer ma respiration chaotique, et j'ai fait glisser mes doigts de manière à ce que mes mains se collent l'une contre l'autre et que mes doigts s'entremêlent, comme une prière, et j'ai appuyé mon menton sur mes mains jointes. J'ai regardé Kaytlin, qui évitait toujours mon regard.

    « Un bébé. T'avais un bébé dans le ventre et t'as même pas daigné m'en parler. J'hallucine. T'avais tellement pas confiance en moi, au point de croire que j'allais me barrer à cause d'un humain miniature dans ton bide ? C'était quand même aussi de ma faute bordel ! Enfin... C'était moi, hein ? »


    J'ai regardé dans le vide, imaginant ce qu'aurait pu être notre vie dans d'autres conditions.

    Elle et moi, à Londres, heureux. Notre relation aurait continué dans la lignée de ce qu'on avait commencé. Nos amis avaient toujours imaginé qu'on aurait fini mariés, avec des enfants qu'on emmènerait au parc le mercredi après-midi, habitant une petite maison dans un quartier pavillonnaire de la banlieue, avec un crédit pour la voiture et un autre pour la maison, la parfaite famille des catalogues de vêtements. Au final, ils nous idéalisaient bien trop. Même nous, on aurait voulu y croire, mais ça n'aurait jamais pu être aussi simple. Rien que notre appartenance au réseau constituait un obstacle à ce plan de vie. On aurait jamais pu arriver à une vie normale. J'aurais voulu y croire. Qu'on aurait fini par grandir, s'accrocher à autre chose qu'à notre relation, construire quelque chose de potable, qui aurait valu quelque chose. Au final, qu'est ce qu'on a gagné ? A l'autre bout du monde, complètement bousillés, séparés d'une façon horrible, recherchés et menacés de mort à Londres, on ressemblait juste à ces personnages de films qui finissent par se tirer une balle au bout de 2h30 de supplice. Tout ça parce qu'on est incapables de mettre de l'ordre dans nos vies. Et ça fait tellement, tellement mal.

    Je me suis mordu la lèvre inférieure, retenant les larmes qui menaçaient de sortir de mes yeux à tout moment. J'ai réfléchi à tout ce qu'elle avait enduré, et tout m'a paru tellement clair, d'un seul coup. Sa colère contre moi, que je n'avais pas su expliquer jusque là, paraissait légitime. J'ai réalisé que si, à ce moment là, je tentais de me lever, mes jambes se déroberaient sous moi avant que j'aie pu faire un pas. Bien évidemment, j'ai compris à son ventre plat, et à l'absence de bébé dans l'appartement qu'elle ne l'avait pas gardé. Avortement ou adoption, ça restait pour moi un mystère. J'ai tendu la main vers Kaytlin.

    « Je suis tellement désolé... »


    Voyant qu'elle ne faisait aucun mouvement dans ma direction, j'ai ramené ma main vers moi, me suis appuyé sur le dossier du canapé, avant de laisser ma tête retomber en arrière. Il s'est passé quelques minutes avant que je sache ce qu'il fallait que je fasse. J'ai pris appui sur l'accoudoir du canapé, et me suis levé sur mes jambes flageolantes.


    « Je serais resté avec toi, tu sais. Mais là, je peux pas continuer à te faire souffrir comme ça. »



    Je me suis dirigé vers la porte, chuchotant pour moi-même : « Je t'aime Kay »

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→ NOMS COMPLETS : kaytlin elizabeth lula swann-payne.
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→ BOULOT : je sers, joue et chante dans un bar du centre ville. j'ai arrêté mes études en journalisme parce que je suis allée en taule. j'aimerai bien vivre de ma passion, la musique



MessageSujet: Re: # Said I'm sorry with the hope this isn't over   Dim 5 Fév - 20:26



cette nuit j'ai regardé à l'intérieur de ma poitrine et j'y ai vu un gros bobo. - Tu y as vu ton cœur.

    Jamais je ne me serais suspecté d’être capable d’avouer tout ce que je cachais depuis des mois en seulement quelques minutes. Lorsque je m’étais imaginé lui raconter, j’avais pensé que tout ça durerait des heures, j’avais pensé que j’allais m’effondrer, que je ne pourrais pas reprendre la parole avant des dizaines de minutes. J’avais pensé que j’allais m’écrouler par terre et me recroqueviller sur moi-même, comme une folle. Comme la folle à lier que j’étais. J’aurais pu. J’aurais très bien pu si je ne m’étais pas tant contenu. J’étais étonné de moi-même. Mais je me sentais aussi tellement idiote. Tellement idiote de me faire souffrir seule. Il l’avait même dit. Il m’avait même demandé pourquoi je le regardais si ça me faisait mal. J’étais masochiste. Je savais pertinemment que ça me faisait du mal. J’le savais pertinemment mais je m’infligeais quand même cette douleur. Je me l’infligeais parce que malgré ce mal, elle me faisait en partie du bien. Un mal pour un bien. Même si en réalité, elle devait plus constituer un mal. Cette douleur était cachée. Elle voulait me faire croire que c’était quelque chose d’agréable, d’indescriptible, mais plus je plongeai à l’intérieur, plus je m’enfonçais dans quelque chose de piquant. J’avais des épines plein la peau, elles étaient tellement nombreuses que je ne les sentais même plus. C’était la même chose. J’avais tellement mal que je ne le remarquais plus. Je vivais dans ce mal-être constant. Je ne me rendais plus compte de rien. C’était mon quotidien.

    J’ai essuyé mes larmes, parce que oui, je les avais laissé couler. Ne pas faire de crise de nerfs, c’était déjà un gros progrès, c’était déjà une bonne contenance. Alors m’empêcher de pleurer ce n’était pas envisageable après tout ça. Je pouvais déjà me féliciter d’avoir tout déballé. Comme ça. D’un seul coup, d’une traite, sans m’arrêter une heure. Parce que j’aurais pu être tiraillée de spasmes. Mais je n’ai pas flanché.


    J’ai relevé la tête lorsque Noam a recommencé à parler. J’étais absorbée par ses paroles. Je fixais un point sur son visage, je ne bougeais plus. J’étais là, dans mon salon, en petite culotte et chemise de mon frère, à écouter l’homme que j’aimais depuis tant d’années. J’étais là immobile, la respiration entrecoupée. Les yeux humides. Le cœur battant à 5000 à l’heure. J’étais là, totalement pathétique. Les cuisses qui tremblaient parce que j’avais encore froid et que je n’avais cessé de frissonner durant mon récit. Les lèvres totalement bousillées, entaillées par la pression que mes incisives avaient exercées dessus jusqu’alors. J’étais tellement pathétique avec mes yeux rougies et vitreux. Je tremblais. J’tremblais parce que Noam avait prononcé des mots que je n’aurais jamais pensé entendre. Je me reprenais toute la vérité dans la gueule. Je me reprenais tout notre bonheur dans la gueule, comme un boomerang. Et dieu que j’aimais ça, le bonheur qu’on avait touché du bout des doigts il y a quelques temps. Dieu que j’aimais repenser à notre bonheur. Dieu que j’aimais ça, me faire mal. Le pire dans tout ça, c’était que toute la conversation m’amenait à me remémorer mots pour mots, gestes pour gestes la scène qui a tout engendré. C’était vrai, j’étais tellement déçue. J’étais tellement dégoutée parce que Noam n’était pas avec moi et qu’il avait brisé notre promesse numéro une, toujours être ensemble. Mais aussi la deuxième, être là pour l’autre quoiqu’il arrive. Même s’il y avait une grosse merde derrière tout ça. Ça m’avait fait mal parce que j’aurais très bien pu me retrouver seule en taule. Mon frère n’était même pas censé être sur les lieux cet après midi là. J’aurais été prise la main dans le sac seule. Complètement paumée. J’aurais passé mes journées à pleurer et à broyer du noir dans le coin de ma cellule. On aurait même peut-être jeté un fou furieux à l’intérieur qui m’aurait probablement étranglée. Passons, ce qui était fait était fait. Je ne pouvais pas en vouloir à Noam d’avoir agi de cette façon. Plus maintenant. A vrai dire, il était venu me voir au moment ou j’était le plus en panique, parce que je m’imaginais déjà devoir accoucher en prison. Parce que je m’imaginais déjà avec les cheveux blancs dans cette prison. Parce que je flippais ouais. Parce que j’avais peur de ne plus jamais le revoir. C’était pour ça que j’étais tellement en colère. Enfin, ce n’était même pas vraiment de la colère, c’était du stress, de la déception et de la peur surtout.


    Je n’ai pas compris pourquoi il disait qu’il n’était pas censé se retrouver face à moi. Il avait certainement du voir l’annonce. Je ne voyais pas comment il aurait pu se retrouver ici sinon. A moins de m’avoir suivit. Mais je m’en serais rendu compte. Enfin, très certainement. Et puis d’ailleurs, pourquoi cherchait-il un appartement ? Il venait d’arriver ?.. Ou… il vivait au squat. Il vivait au squat et moi en plus d’un mois je ne m’en étais même pas rendue compte. Même après l’éloignement, on arrivait encore à avoir les mêmes lieux de fréquentations. La seule chose qui avait changé en vrai, c’était le lien qui nous liait. Et encore, j’avais bien du mal à l’accepter.
    C’est lorsqu’il rajouta qu’il avait besoin de moi qu’un frisson parcouru ma colonne vertébrale et qu’un autre fit tressaillir mes cuisses. Et moi je continuais mon récit. Approchant du but.

    Plusieurs fois en parlant j’avais envie de m’arrêter, plusieurs fois j’ai eu envie de m’éclater la tête contre le mur d’en face, plusieurs fois j’en ai eu marre de mon cœur qui loupait des battements. Il me faisait savoir qu’il en avait marre lui aussi d’être torturé. Mon cœur en avait marre de devoir faire des loopings. Il devenait faible.


    Et puis, la libération. Le plomb qui coulait dans les profondeurs de la mer. J’avais enfin alignés ces mots. Ceux que j’avais tant redoutés jusqu’alors. En vrai je ne savais pas si je devais aller mieux maintenant que j’avais craché le morceau. Je savais pas si le fait d’avoir dégueuler ces misérables paroles étaient une bonne chose. Je n’allais pas regretter, non, pas un regret supplémentaire. Non, ce n’était pas ça le problème. Le problème, c’était la réaction de Noam. J’avais eu tellement peur que j’avais prit les commandes seules. Enfin, après tout, j’avais été seule. Il ne pouvait rien me reprocher là-dessus. Les larmes ont coulés à flot. Silencieusement malgré tout. Ma vue s’était brouillée. Un goût de sang s’était diffusé dans ma bouche. C’était si désagréable, mais je n’arrivais pas à me résoudre à cesser de lacérer ma lèvre inférieure. « T'avais tellement pas confiance en moi, au point de croire que j'allais me barrer à cause d'un humain miniature dans ton bide ? C'était quand même aussi de ma faute bordel ! » Ses mots avaient résonnés dans tous les recoins de mon crâne vide. J’étais perdue, je baignais dans le néant. Je m’étais imaginé toutes sortes de scénario possible, mais je n’étais jamais tombé sur celui-ci. J’ai fermé les yeux. Cette vue trouble m’insupportait et je n’avais même pas la force de lever ma main pour essuyer toutes ces foutus larmes. J’étais perdue dans mes pensées. Je revivais ce que j’avais vécu il y a trois mois. J’avais peur de devenir mère. Je flippais méchamment. C’était juste impossible que j’élève un enfant. Je fuyais mes responsabilités. Je n’aimais même pas spécialement les enfants. Je ne connaissais rien. Je n’avais même pas eu de petites cousines ou de petits cousins, je n’avais jamais fréquenté des petits enfants avant ça. J’étais tout bonnement incapable d’aider un môme à se forger une identité. Après vingt ans sur cette Terre, moi-même je me cherchais encore. Je tombai, regagnais la surface, replongeai. J’étais parfaitement instable ; une parfaite montagne russe.

    Et quand je suis revenue à la réalité après la dernière phrase de Noam, j’ai eu envie de rire à nouveau, de rire pour me soulager. Mais je me suis retenue. Il me demandait si le putain de bébé que j’avais eu dans le ventre était de lui. Sérieusement. Il doutait de moi. IL. DOUTAIT. Mes yeux se sont agrandis d’un seul coup. J’ai repris ma respiration comme si je venais de nager pendant une durée relativement longue privée d’oxygène et j’ai répondu doucement.

    « Bien sûr que c’était de toi.. qui d’autre ? Sérieusement ? Qui aurai-je pu aller voir d’autre que toi ? Je t’aimais tellement pour te faire ça. Et j’en avais aucunes envies. Sérieusement tu me prends pour qui ?.. »



    Je n’étais même plus capable d’exploser, j’avais déjà vidé la totalité de mes émotions en pleurant et en me torturant les lèvres et les doigts. J’ai tiré sur la chemise de mon frère et je me suis recroquevillée contre ma table basse. J’avais ma tête contre mes genoux, et j’attendais. J’écoutais le silence de l’appartement entrecoupé par ma respiration. Cette dernière ressemblait à la respiration d’un homme à l’agonie sur le point de clamser. Je n’entendais rien du côté de Noam, mais je n’avais pas envie de relever la tête. Je tremblais. Je tremblais toujours quand je subissais une émotion trop forte, c’était comme un reflex, comme un automatisme. Un peu comme chez les animaux, un moyen d’auto-défense. Sauf que ça ne me défendait en rien. J’ai senti, enfin plutôt entendu Noam bouger, je ne voulais pas qu’il parte. Pitié non, qu’il ne parte pas. J’ai entendu un autre bruit de vêtement, et puis le canapé grincer. Il venait de se relever. Il venait de s’excuser. Et il serait resté avec moi. Il ne se serait pas barré si je lui avais annoncé que j’attendais un enfant. Comment j’aurais pu le deviner moi ? J’avais eu le choix entre deux extrêmes, et je n’avais jamais été doué lorsque je choisissais. La preuve, ma vie était en quelque sorte une succession de mauvais choix.


    Je sentais ses pas s’éloigner, alors j’ai redressé la tête comme une furie. Il était devant le couloir, à l’arrêt. Non, il n’allait pas partir. NON, il ne pouvait pas partir maintenant. Pas après ce qui venait de se passer. Je l’ai vu avancer. Mes jambes se sont mises à trembler encore plus, mes larmes se sont mises à couler à flot cette fois-ci. Je frissonnais. J’ai étendu ma main jusqu'à ce qu’elle touche la poignée du tiroir de ma table basse. Je l’ai ouvert et j’ai farfouillé à l’intérieur. Je sais que je ne devrais pas faire ça. Mais si je ne le faisais pas, j’allais craquer avec une puissance dix mille. Et de toute manière, quand on avait dealé pendant cinq ans, ce genre de réactions étaient tout à fait normales. Elles pourraient même être pires. J’étais limite raisonnable. J’ai cherché mon briquet à l’autre bout de la table. Et j’ai allumé mon joint en aspirant la première bouffée comme si ma vie en dépendait. C’était tellement idiot, tellement pathétique.

    « Qu’est ce que tu fais ? Non Noam. Tu peux pas.. tu peux pas partir comme ça. »

    J’ai recraché la fumé. Me mordant l’intérieur de ma joue.

    « Tu peux pas partir après ça. Mais merde, t’as pas le droit de me laisser seule après ce que je t’ai dit. »

    Ce qui était au départ qu’un seul petit murmure s’est transformé en parole tout à fait audible.

    « Je t’ai pas demandé de partir cette fois, joue pas au con. S’il te plaît ne m’abandonnes pas. Pas encore une fois. »

    J’ai aspiré la fumée encore plus intensément cette fois-ci, quitte à m’étouffer. Je m’étais relevé, j’avais recraché la matière grisâtre en l’air et j’ai posé le joint dans le cendrier. J’avais les yeux rouges, totalement explosés et mouillés. Je me suis dirigée vers Noam et je me suis plantée devant lui, mes yeux dans les siens.

    « Pars pas, je t’en pris. Pitié restes avec moi. »



_________________


don't make me sad, don't make me cry.
come and take a walk on the wild side. let me kiss you hard in the pouring rain. you like your girls insane. choose your last words. this is the last time. cause you and I, we were born to die.
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MessageSujet: Re: # Said I'm sorry with the hope this isn't over   Ven 10 Fév - 22:23





    And the hardest thing in fact to do is live without you. And I wonder why we both walked away
    Je n'ai jamais cru au concept d'âme sœur, du corps originel séparé en deux, de la personne que l'on doit retrouver dans le monde entier, quitte à laisser passer toutes celles qui s'agitent autour de vous comme des insectes insignifiants. Il n'y a pas besoin d'aller chercher à l'autre bout du planisphère. Il s'agit juste de trouver une personne. La personne. Celle qui, à la base, n'est pas nécessairement conforme à nos attentes. Mais elle change progressivement, et vous aussi, jusqu'à atteindre un état d'équilibre et de plénitude qui éclipse tout le reste. Vraiment tout. Cette personne, c'était Kaytlin. Je l'avais vite deviné, ça avait toujours été elle, et ça le serait toujours. Au bout de quelques semaines, on avait commencé à se construire mutuellement. J'avais peur de nous, peur de ma dépendance à son être, peur de la force de ce que je ressentais. Peur d'échouer. Peur de ne plus être la personne qu'elle attendait. Parce qu'au fond, c'est de ça qu'il s'agissait. Mes erreurs, mes dysfonctionnements, mon passé chaotique, elle avait et elle savait tout. De qui j'étais, de mes secrets. Et j'avais appris à vivre avec cette peur, parce que le bonheur que Kay m'apportait était encore plus fort que tout ça réuni. Je me sentais vivant, j'existais. Elle m'apportait un sens. J'avais la sensation d'avoir de l'importance, de compter, au moins pour une seule personne sur Terre, de ne pas être complètement inutile. Elle était l'élément auquel je me raccrochais pour ne pas tomber, quand plus rien ne faisait sens dans mon monde. Elle était ma base, celle vers laquelle je revenais toujours. Ça avait été juste tellement fusionnel, tellement intense, tellement sauvage entre nous, qu'en la perdant j'avais aussi perdu une partie de moi-même, et j'avais commencé à ressentir cette douleur à un point inimaginable.

    I'm lost without you, still crazy for you, just turn around, come back because your smile is overdue.
    On ne quitte véritablement une passion. Surtout pas celle là. Je ne m'étais jamais senti aussi seul que depuis notre séparation. Depuis ce jour-là, j'ai constamment froid. Pas à cause du climat, j'ai froid à l'intérieur, chaque parcelle de cellules qui me recouvre est gelée, jusqu'à l'intérieur de mes entrailles. Un froid mordant qui s'insuffle dans mes veines vers ma poitrine, comme si mon cœur perdait peu à peu tout souffle de vie, jusqu'à devenir un vieil organe racorni et inutilisable. Et rien n'est en mesure d'effacer cette douleur, à part elle. Chaque jour, c'est le même programme : si j'arrive à être heureux pendant un instant, à la seconde suivante, au moment où je me retrouve seul avec moi-même, que ça soit physiquement ou uniquement dans mes pensées, la tristesse revient me vriller l'estomac avec la force d'un coup que je prendrais dans le ventre, me coupant la respiration jusqu'à me plier en deux. La seule chose que je veux, c'est être seul, et attendre que ça passe. Évidemment, ça ne passe pas. Jamais. Ça s'infiltre, ça fait partie de moi. Du nouveau moi, celui qui souffre à nouveau, à chaque seconde qui passe.
    And I miss, I miss you

    If I'd only knew the words to say that would make you turn around, I would say those words to you more than a million times.
    Elle continuait à pleurer, tentant de rester silencieuse mais laissant échapper régulièrement des sursauts de larmes qui venaient tremper la chemise qu'elle portait, qui devait surement appartenir à son frère. Je n'imaginais même pas que ça puisse être le vêtement d'un autre gars. Son frère avait toujours possédé le privilège de l'échange de chemises. C'était d'ailleurs le seul bout de tissu qu'elle portait ce soir, avec des sous-vêtements. Comment elle pouvait maintenir une température corporelle raisonnable, habillée comme ça ? C'était pas comme si le chauffage était particulièrement fonctionnel dans son appart. Attardant par réflexe mon regard sur son corps, je remarquais qu'elle tremblait légèrement. Logique. Pour autant, elle ne semblait pas avoir le réflexe d'attraper une couverture, un pull, ou quoi que ce soit. Elle haussa les sourcils quand j'annonçais que je ne m'attendais pas à la retrouver ici. Alors quoi, elle s'imaginait que j'avais engagé un détective privé pour la retrouver, avant de venir toquer à sa porte comme une fleur ? Ça me ressemblait tellement... Ironie, quand tu nous tiens.
    Plusieurs minutes après m'avoir annoncé l'histoire du bébé, je ne m'en étais toujours pas remis, comme si j'étais incapable de réaliser l'ampleur de la situation. Ce genre de choses prend en général plus d'une soirée à se mettre en place. Elle paraissait encore plus choquée par le fait que j'ai osé demander si le bébé était bien de moi. Mais dans la logique, ça aurait pu être une raison pour qu'elle ne veuille pas m'en parler. Du genre la copine qui couche avec le meilleur ami et tombe enceinte, mauvais scénario de film français. Mon cœur s'est serré à la mention du je t'aimais tellement. Je t'aimais, pas je t'aime tellement. T'aimais. Simple nuance de temps qui modifiait tout. Elle s'est recroquevillée contre la table basse en position fœtale. En imaginant sa peau toucher le carrelage froid, je n'ai pas pu retenir le frisson qui a parcouru ma colonne vertébrale. Je continuais à me sentir mal, et sa douleur à elle était également plus que flagrante. Impossible de continuer comme ça. Je me suis levé à contre cœur, avant qu'elle ne m'interpelle.

    It's been forever but that hasn't changed what you mean to me.
    Je me suis figé quand elle m'a interpellé. Elle était toujours capable d'avoir une influence sur moi par une simple phrase. Irrémédiablement lié à elle. Brusquement, je l'ai vue ouvrir un tiroir à l'intérieur de la table basse, et en sortir un joint, avant de l'allumer avec une conviction incroyable, comme si rajouter de la drogue à tout ce bordel pouvait améliorer quelque chose. Au contraire, c'était d'abord la cause de notre rencontre, mais surtout la raison de notre séparation. Ça ne m'étonnait pas qu'elle continue à en prendre, mais je n'étais pas ravi de cette vision pour autant. J'aurais voulu qu'elle puisse s'en défaire, se séparer du venin qui avait bousillé sa vie. Je me suis mordu la lèvre, tandis qu'elle sous-entendait clairement que si je partais maintenant, j'étais un connard fini, encore plus que ce qu'elle pensait déjà. Puis elle s'est levée, a posé le joint dans le cendrier, et s'est approchée de moi, tout en me suppliant de rester. Comment j'avais pu envisager de partir ? Elle était dans un tel état, tellement détruite. Et j'étais la cause de tout ça. J'avais beau m'efforcer d'avoir une influence positive sur les gens, la moindre action de ma part conduisait à des douleurs. Elle s'est plantée devant moi, fixant ses grands yeux rougis dans les miens. Si j'étais arrivé jusque là, à la suivre dans la rue la nuit, revenir, toquer chez elle, avoir cette conversation... je ne pouvais pas partir maintenant. Je n'en avais pas le droit, pas uniquement parce qu'elle me l'interdisait, mais aussi en souvenir de nous. Et parce que j'avais promis à son frère de prendre soin d'elle, bien que j'aie déjà considérablement failli à ma mission. Heureusement qu'il n'était pas dans les parages, parce que j'aurais sûrement pris une sacrée trempe. Je n'avais toujours pas décoché un mot depuis plusieurs minutes, comme si mes lèvres étaient scellées à cause d'un trop plein d'émotions différentes.
    Mon corps s'est brusquement réchauffé, et ça n'était pas grâce au chauffage minable de la pièce. Mesdames messieurs, le désir réduit considérablement votre facture, c'est bon à savoir. Instinctivement, j'ai posé ma main sur son cou gelé, le bout de mes doigts touchant sa nuque, sous ses longs cheveux. J'hésitais. Quoi que je fasse maintenant, de toute manière, je ne pouvais pas aggraver la situation. C'était comme si mes yeux faisaient automatiquement un zoom sur ses pupilles. Je ne voyais que ça. Ses yeux, immenses et magnétiques. Remplis de larmes. J'ai enfin réussi à ouvrir la bouche, et ait annoncé d'une voix beaucoup plus tremblante que ce que j'aurais voulu laisser transparaître :

    - D'accord, je reste avec toi.

    Ca signifiait bien plus que ça n'en avait l'air. Je reste, je t'aime, pardonne moi, je ne m'en irai plus jamais, je t'en prie, reviens, je veux nous retrouver. J'ai fermé les paupières avant de déposer un baiser au coin de ses lèvres, à la frontière entre « Je prends la permission de t'embrasser » et « J'attends ton initiative ». Quand j'ai rouvert les yeux, elle n'avait pas bougé d'un seul millimètre. J'ai détaché ma main de sa peau, avant de retourner dans ce qu'on pouvait appeler le salon. J'ai attrapé le plaid qui recouvrait le canapé, avant de retourner vers elle et de le poser sur ses épaules tremblantes. Puis, sans un mot, je me suis assis de nouveau sur le canapé, repliant mes jambes sur le côté de mon corps, le regard fixe sur sa silhouette.

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→ LIEU DE RÉSIDENCE : primorski
→ SITUATION : en couple? amoureuse en tout cas.
→ BOULOT : je sers, joue et chante dans un bar du centre ville. j'ai arrêté mes études en journalisme parce que je suis allée en taule. j'aimerai bien vivre de ma passion, la musique



MessageSujet: Re: # Said I'm sorry with the hope this isn't over   Dim 26 Fév - 21:56



j'veux que nos cœurs saignent dans une même cadence.


    Le monde autour de moi n’avait plus d’importance. Je n’entendais plus le bruit des voitures qui passaient dans la rue parce que ma petite fenêtre était mal isolée, je n’entendais plus les voisins disputer leurs enfants. Je n’entendais plus rien excepté mon cœur battre aussi vite que celui d’un athlète qui venait de courir un 300 mètres. J’étais complètement déconnectée de la réalité. C’était encore mieux que la défonce, encore plus palpitant que la musique. Encore plus procurateur d’émotions qu’un bon livre à l’eau de rose. Plus rien n’existait, juste lui. Je venais d’oublier tout ce qui s’était passé jusqu’ici. C’était comme si mon cerveau venait de faire un reset. Je ne savais plus qu’on s’était pris la tête, je ne savais plus qu’il m’avait abandonné à cause d’un putain de malentendu. Je ne savais plus tout ça. Je savais juste que je le suppliais de rester avec moi. Je savais juste que je voulais qu’il reste ici. Au fond j’avais envie que tout redevienne comme avant. Et quand je me perdais dans ses yeux comme là, maintenant, c’était presque comme avant. Je n’arrivais pas à dévier mon regard, j’étais absorbée. Ça faisait une éternité que je ne m’étais pas perdue dans ses prunelles. Ça faisait tellement longtemps que je n’avais plus senti ces espèces de décharges dès que je le fixais et qu’il me fixait. Je tremblais, mes jambes étaient flageolantes. Certainement à cause de l’émotion que j’éprouvais actuellement. Je fixais ses pupilles en silence, ma phrase flottait encore dans l’air. « Pitié restes avec moi. » Noam me regardait aussi, je pensais qu’il devait se poser toutes sortes de questions. Je l’imaginais se demander « je fais quoi, je reste ou je me barre ? » Je savais qu’il avait peur que je lui en veuille. Il n’avait pas tord, je lui en voulais. Mais il fallait savoir donner une deuxième chance aux gens qu’on aime. Je le savais qu’il était autant paumé que moi.


    J’avais envie de fermer les yeux, mais je ne voulais pas rompre le contact qui nous unissait maintenant et qui pouvait peut-être changer notre avenir. Il a finalement posé sa main dans mon cou. Le contact me fit frémir. J’avais à la fois chaud et à la fois, froid. C’était une sensation indescriptible tellement elle était étrange. J’aurais pu fermer les yeux ou reculer pour rompre tout contact, mais je ne l’ai pas fais. Ça me manquait. Ça m’avait tellement manqué ces moments là. Avant ces moments là étaient tellement fréquents. On agissait ainsi quand on ne savait pas quoi se dire, et justement, ça voulait tout dire pour nous. Parfois les gestes sont plus forts que les mots.


    Sa bouche s’est finalement ouverte, je m’attendais à une réplique idiote du genre « non, je peux pas rester te faire souffrir plus longtemps… » Bon dieu Noam, tu ne comprends pas que j’ai besoin de toi pour être bien ? C’est de ton absence dont je souffre. Je savais déjà quoi lui dire si c’était cette réponse. Et au final, j’ai eu droit à un « d’accord, je reste avec toi. » D’accord. Je. Reste. Avec. Toi. J’ai affiché un pauvre sourire. Je pensais qu’il allait dire quelque chose d’autre puisqu’il avait rouvert la bouche et avait semblé hésiter. Moi j’étais toujours là, pathétique, les yeux explosés, avec néanmoins une lueur d’espoir, à le regarder. J’essaie de me souvenir de chacun des traits de son visage avant que j’aille en taule pour les comparer à ceux qu’il arborait actuellement. Il n’avait pas changé. Il était juste plus cerné qu’avant. Un peu comme moi d’ailleurs, enfin, je pense. J’étais complètement perdue dans mes pensées, mes yeux pourtant toujours scotchés aux siens. C’est d’ailleurs pour ça que je ne l’ai pas vu venir. Il s’est rapproché de moi et m’a déposé un baiser sur le coin des lèvres. Il avait fermé les yeux pendant que, surprise, j’ai écarquillé les miens. C’était comme si je venais de sortir d’une espèce de séance de psychose et que ce que je venais de vivre n’était pas réel. Je sentais l’univers se retourner, les galaxies se rétracter, je sentais l’odeur de shit qui émanait du salon, mais qui ne me disait plus rien, j’sentais des papillons s’envoler dans mon ventre, j’sentais son souffle près de ma nuque. Je sentais tout ça et je me disais que rien d’autre n’avait d’importance. Il m’a regardé une dernière fois puis s’est dirigé dans le salon sans un mot, en m’abandonnant ici, au beau milieu de mon couloir, comme une parfaite crétine pensive, surprise et sous le choc.


    J’ai fermé, rouvert, fermé, rouvert et ainsi de suite mes yeux afin de revenir vraiment, une bonne fois pour toute à la réalité. Et je l’ai senti revenir en me couvrant les épaules avec mon plaid de canapé. J’avais froid oui. Enfin, j’avais plutôt froid, chaud, froid, chaud etc. il est à nouveau reparti pendant quoi moi je me suis enroulé dans mon plaid pour calmer les tremblements de mes épaules. J’ai doucement pivoté sur moi-même et j’ai aperçu Noam, assied sur mon canapé, les yeux rivés sur moi. Je suis restée à distance, stupéfaite. Son regard me troublait. Ça faisait bien cinq minutes que je fixais ses yeux, avec une seule interruption. J’oubliais tout. Je ne savais même plus comment je m’appelais. Je ne savais même pas ce qui se passait. Mon cerveau était sans dessus dessous. Mélange d’informations, surchauffe.


    J’ai fais deux pas. J’ai avalé ma salive et je me suis rapprochée encore. J’avais l’impression qu’il me déshabillait du regard. Je ne pouvais pas réellement dire si j’aimais ça ou non. Je me suis rapprochée encore jusqu'à arrivé devant lui. Je me suis mordue la lèvre, pas parce que j’éprouvais trop d’émotions cette fois-ci, non, ça n’avait rien à voir avec ça. C’était un contexte totalement différent cette fois. J’ai tournée la tête quelques secondes en direction de la pseudo table basse, je voyais la fumée de mon joint presque entièrement consumé monter dans la pièce, et j’ai souris. Inutile de vous demander pourquoi, il n’y avait aucuns intérêts à sourire. Je l’ai attrapé et j’en ai tiré une taffe. Noam me fixait toujours. J’ai recraché la fumée dans l’air et je me suis assise à cheval sur l’homme que j’aimais depuis l’âge de mes quinze ans. J’ai posé ma tête contre la sienne, mon nez contre son nez, nos yeux dans nos yeux.

    « Merci. Merci de rester.. »

    C’était la seule chose que j’ai trouvé à dire. La seule avant de replier le plaid sur nos deux corps. La seule avant de l’embrasser, avec passion cette fois. J’avais tout oublié. Je ne me souvenais plus de rien. J’avais juste envie d’être avec lui, de vivre comme avant. Comme quand on était à Londres et que tout allait bien. Et puis j’ai finalement rouvert la bouche, mes yeux dans les siens et j’ai laissé sortir ces quelques mots :

    « Je t’aime Noam, j’ai jamais cessé de t’aimer. »


    J’avais juste besoin d’un peu de répit, d’un peu de bonheur. Ça faisait bien trop longtemps que je broyais du noir. J’avais envie d’être heureuse. De remettre les soucis au lendemain, pour une fois. Peut-être que je regretterai d’avoir cédé si rapidement, peut-être que demain matin je me traiterai de conne parce que j’ai dit amen bien trop vite. Peut-être.. Mais qui ne tente rien n’a rien comme on dit. Après tout, on a qu’une vie et j’ai bien trop attendu ces derniers mois. J’aurais pu tomber encore plus bas que la position dans laquelle je me trouvais. J’aurais pu me taper tous les mecs de Saint-Pétersbourg (excepté les barbus, les enfants et les vieux) pour me consoler de l’absence de Noam. Mais je ne l’ai pas fait. Parce que je l’aimais trop, parce que mon cœur était incapable de faire un reset à propos de tout l’amour que je lui porte. Parce que je ne voulais pas faire n’importe quoi. Je n’avais jamais été du genre à me taper tout ce qui bougeait. Il me fallait de l’amour. Le vrai amour. Celui qu’on n’oublie pas. Noam a été mon premier vrai amour. C’était impossible pour moi de l’oublier. J’aurais peut-être mis une vingtaine d’années pour effacer un quart de son souvenir de ma mémoire. Et encore. Le cœur a ses raisons que la raison ignore. Son souvenir aurait été trop présent. A vrai dire, si ma souffrance aurait tourné vers l’insupportable, j’aurais certainement tout plaqué pour partir à sa recherche. J’aurais tout fait.

    L’amour reprenait toujours le dessus. On aura le temps de s’expliquer, de se prendre la tête et de se haïr plus tard.
    J’ai embrassé Noam et je lui ai chuchoté un « tu m’as tellement manqué.. » en interrompant le baiser pour le reprendre. Je m’accrochais à son visage comme si ma vie en dépendait.


_________________


don't make me sad, don't make me cry.
come and take a walk on the wild side. let me kiss you hard in the pouring rain. you like your girls insane. choose your last words. this is the last time. cause you and I, we were born to die.
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# Said I'm sorry with the hope this isn't over

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